vendredi 20 octobre 2017

Quand la compréhension vient aux hommes

Dimanche nous allions à une réunion de l’Asso : Charles-Henri venait me chercher à mon boulot, et nous allions ensuite à Charlhenriville, rendez-vous à 19h30. En partant, il m’a dit « J’ai pas envie d’y aller. J’ai juste envie de te faire l’amour et de m’endormir dans tes bras ». Frisson délicieux : j’avais la même envie. Mais il fallait rester raisonnable, après tout cette réunion était importante – et Charles-Henri est tout de même Vice-Président.
Comme nous étions (un peu) en avance, Charles-Henri a proposé que l’on passe chez lui pour grignoter un truc.
Bien évidemment, nous avions à peine sorti un morceau de fromage du frigo qu’on se jetait l’un sur l’autre, et qu’on finissait nus. Petit speed sexe bien sympathique, mais qui nous a tout de même mis en retard. J’ai découvert avec hilarité qu’il devenait ultrasensible lorsqu’il avait jouit, et je m’amusais à me contracter autour de lui à intervalle régulier, juste pour le regarder se tortiller et sursauter à chaque fois, ses yeux fermés et son souffle court.
Nous sommes arrivés à 19h45 chez Président, rougissants et décoiffés. Dans la voiture, nous avons tout de même pris le temps de discuter de notre attitude face aux autres :
« Bon, on leur dit ? »
« Oui mais attends, on fait comment ? "On a un truc à vous annoncer, Charles-Henri et moi" ? Ca fait un peu pompeux-flippant non ? »
« Hum. Oui. Je ne sais pas »
« Sinon on fait une action d’éclat, un truc un peu provoc’ »
« Genre toi qui dit "Désolé du retard, il a pas jouit assez vite" ? »
« Ah oui, c’est bien ça, j’aime bien ! »
« C’est sale, mais ça a de la gueule ! »
« Et puis c’est un vrai coup d’éclat qui marquera les mémoires ! »

Bon, en vrai, on s’est dégonflé, on n’a rien dit, et personne n’en sait toujours rien.
Même si Lisa me regardait tout du long de la réunion en fronçant les sourcils comme si elle cherchait à lire dans mes pensées. Je n'en attendais pas moins d'elle après la soirée au cinéma.

Réunion incroyablement longue (et je n’étais absolument pas concentrée), où Président nous a amené une idée "qu’il a eu en prenant sa douche" (« Trop de détails !! » Avons-nous hurlé en cœur), comme si c’était l’idée du siècle : « On pourrait prendre un stagiaire à l’Asso ! »
« Un stagiaire ?! »
« Ah, tu n’es pas d’accord ? »
« Non mais non mais c’est pas ça, des stagiaires, j’en vois une cinquantaine par an dans mon taf, c’est TOUJOURS des gros débiles ! On va perdre plus de temps qu’on en gagnera ! »
« Non mais là ça sera des stagiaires en Communication… »
« Non mais ça ne change rien, faudra repasser derrière eux »
« Ils sont en Année Spéciale…. »
« Ouais, ben c’est exactement ce que j’ai fait, lorsque je faisais mes études. ‘Sont pas plus dégourdis pour autant »
Charles-Henri lance un timide « Moi je trouve que c’est une bonne idée… »
Je lui lance un regard assassin.
« Faites comme vous voulez. Moi je m’en fout, je ne veux pas entendre parler »
Et je continue à ronchonner dans mon coin, en me servant un verre de vin « Un stagiaire, pfffff ! Et pourquoi pas des gouters d’’anniversaire pour gosses tant qu’on y est ?! »
Disons qu’au moins, je pourrais lancer un « Je vous l’avais dit ! » victorieux et méprisant lorsqu’il s’avèrera que cette idée était effectivement nulle. (J’exècre les stagiaires)

La réunion a duré 2h30, et nous sommes repartis chez moi dès qu’on a eu fini. Nous étions tous les deux épuisés, et nous sommes immédiatement préparés à nous coucher.
J’ai pris ma douche la première, et lorsqu’il est venu dans la salle de bain à son tour, il m’a plaqué contre le mur, m’embrassant passionnément. Ensuite il m’a soulevé sur ses épaules, mon entrejambe sur sa bouche, pour un cuni inattendu en altitude. Il n’a pas tenu très longtemps, mais c’était un délice. Puis nous avons fait l’amour sur mon lavabo, rapidement, face au miroir.
Il m’a ensuite rejoint dans la chambre, où notre excitation est retombée au contact moelleux des couvertures. La fatigue a repris le dessus… Mais pas assez pour moi, qui en voulais encore. Alors je me suis juchée sur lui, j’ai un peu bougée, et nous avons refait l’amour. Un peu frustrée des deux derniers speed sex, et globalement de nos ébats sans orgasmes, j’ai guidé ses doigts. Il n’a absolument pas l’habitude (et je suppose que, pour la plupart des hommes, s’attaquer au clitoris est une sorte d’aveux échec – alors que pas du tout, on est toutes différentes, mille pétards !), il n’est pas super coordonné, il n’est pas ultra précis, mais comme il m’excite terriblement, j’ai atteint l’extase, à peine quelques secondes avant lui. Moment merveilleux où nous sommes écroulés l’un sur l’autre, à haleter peau contre peau, visage contre visage.
Bon, le fait est que j’étais très excitée, donc j’avais encore envie, mais définitivement plus la force. Et j’étais tout de même très très contente d’avoir pu enfin jouir.
Nous nous sommes endormis l’un contre l’autre, et j’ai dormi d’un sommeil de plomb.
A tel point que je n’ai pas réussi à me lever le lendemain matin. C’était mon jour de congé, j’avais travaillé non-stop pendant 6 jours, et malgré mon envie de petit déjeuner avec lui, je me suis rendormie. Il est venu s’allonger 5 min contre moi, tout habillé, juste avant de partir, vers 7h, en me chuchotant « Chut, rendors toi, je veux que tu te reposes ». Ce que j’ai fait, en balbutiant « Mais non, je veux petit-déjeuner avec toi ! ».

Nous nous sommes revus le lendemain - j’adore le revoir si vite. Nous devions manger chez (et avec) mes nouveaux amis médecins, qui sont des amis à lui de longue date (je suis devenu la nounou de leurs chats, vu qu’ils partent en vacances super souvent – et moi pas), mais finalement ça ne s’est pas fait. Alors à la place, nous avons dîné tranquillement chez moi : Charles-Henri a ramené à manger et cuisiné pour moi, de l’entrée au dessert. Même s’il a la fâcheuse habitude de laisser la cuisine dans un état post-apocalyptique (alors qu’il s’agit de juste réchauffer des tupper), j’adore qu’il fasse, ça, qu’il prenne soin de moi et qu’il cuisine.
Nous discutons, il me reparle de cette feuille sur les dix grands type de personnalité, d’un point de vue psychiatrique qu’il voulait me prêter, et qu’il a encore oublié. La discussion dérape sur nos personnalités, et il me dit que, si lui a repéré les 3 grands traits qui le caractérisent, il n’arrive pas (encore ?) à me classer : « Tu as des traits de quasi toutes les personnalités »
« Wow. Merde ! »
« Non, non, c’est bien en fait : le truc, c’est qu’une personne ″normale″ aura un équilibre de tous ces traits. Donc tu es normale et équilibrée »
Je suis catégorique : « Impossible »

Puis nous prenons un thé sur mon canapé, et rapidement il m’enlève mes vêtements : « Je ne me lasserai jamais de te voir nue. Il faut t’y faire ».
Je ris : « Oui, je sais… C’est difficile pour moi, j’ai du mal à me regarder comme tu me vois. Ou à te comprendre. Mais il faudra que je m’y fasse »
« Pourtant je t'ai déjà dit ce que j'en pense... Je t'ai déjà dit que j'adore tes courbes, et que tu as un cul à se damner... Non ? »
« .... Oui...»

On décide d’aller se coucher. On est tous les deux très fatigué. Charles-Henri déplore qu’on ne fait pas grand-chose tous les deux – tout en nuançant qu’on est chacun à une période intense de nos existences. « Je suis épuisé. J’ai juste envie de dormir contre toi. …Bon, et de te faire l’amour, évidement »
« Ah ! Très bien ! … Bon enfin je ne te mets pas la pression hein »
« Tu fais toujours preuve de douceur et d’attentions avec moi, tu fais tout pour ne pas me brusquer ni me mettre la pression. J’apprécie beaucoup. Parfois je me dis que je fais beaucoup moins attention vis-à-vis de toi… »
Je ris doucement : « Ça va, je n’ai pas à me plaindre »

Et puis notre nuit de dimanche semble porter ses fruits : cette fois, il caresse tout mon corps, et s’intéresse plus particulièrement à mon clitoris. Joie & Bonheur ! Je jouis sous ses doigts, ravie qu’il ait enfin compris.
Puis il me dit « De quoi as-tu envie ? Je suis d’humeur câline et tendre. As-tu envie d’un massage ? Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? »
Je suis encore toute tremblante « Laisse-moi souffler, pour l’’instant je ne vois rien, je suis comblée »
Il rit, et s’extasie de « Cette franchise qui me caractérise ».

Et puis plus tard, je me dis que, tout de même, j’aurai bien eu envie qu’il vienne en moi. Je réfléchis si ma fatigue est plus forte que mon excitation, je décide que l’excitation est la plus forte, et je descends doucement sous les couvertures pour le prendre dans ma bouche. La réaction ne se fait pas attendre. Il gémit « Il faut vraiment que l’on se fasse dépister, j’ai juste envie de venir en toi, là, tout de suite, sans capote ». Je reste pensive. Finalement nous n’arrivons pas au bout, il est trop fatigué, pas assez dur, ça commence à lui faire mal. Il me dit « Mais attends, je vais te finir », et là encore, il utilise la nouvelle technique qu’il à découvert, et me mène à l’orgasme. Puis il me regarde en souriant, et me dit « Je suis très content de t’avoir fait un peu crier ».

Moi aussi mon chéri. Moi aussi.

vendredi 13 octobre 2017

Mon corps et ma raison

Depuis une semaine, j’ai des maux de tête quasi tous les jours. Rien de gravissime, juste du stress : les démarches pour ma maison sont fastidieuses, et le temps commence à manquer. Je dois sans cesse relancer les artisans (pour les devis) et la banque (qui m’oublie), pendant que l’agence immobilière me relance et me met la pression en me disant qu'on n'a pas assez de temps.
Et à chaque appel de l’agence, je sens ma nuque devenir raide, et mes maux de tête empirer.

Après une énième journée avec beaucoup de choses à gérer, et des maux de tête persistant, je suis rentrée chez moi particulièrement démoralisé et fatiguée. J’ai vu un message de Charles-Henri me disant, à propos d’un spectacle auquel je l’invitais à la fin du mois « Je confronte mes 3 emplois du temps et je te redis ». Et je me suis sentie encore plus déprimée : Cet homme est ultra occupé. Cet homme veut faire carrière comme praticien, bosser 50h par semaines, faire de l’associatif, il a plein d’amis, plein de centres d’intérêts…
Je me suis dit « Va te coucher, tu y verras plus clair demain, ne fait pas de conneries ».
Mais plutôt que d’écouter la voix de la raison, je lui ai envoyé un message, qui disait en substance « Y-a-t-il vraiment une place pour moi au milieu de ces 3 (!) emploi du temps ? »
Charles-Henri m’a répondu « T’es sérieuse ? », et là je me suis dit « Et merde, j’aurais pas dû dire ça », j’ai tenté de m’expliquer par message et de dire « oublions ça », et puis Charles-Henri a appelé.
Charles-Henri était en Barathon (Pourtant je le savais, et j’aurais dû m’en souvenir).
Charles-Henri était bourré.
Mais surtout Charles-Henri était ultra flippé.
Je me suis sentie complètement stupide : l'archétype de la copine-boulet qui fait une crise existentielle pile quand son mec est en soirée, et qui bousille l’ambiance. Je n’arrêtais pas de dire « Je suis désolée, c’est ridicule, je suis ridicule, retourne t’amuser ». Et je me détestais.
Mais Charles-Henri voulait tirer tout ça au clair. J’ai rapidement réalisé qu’il pensait que j’étais en train d’essayer de rompre. Il répétait « Tu m’as fait peur. Tu me fais peur ».
Du coup on a parlé, parce qu’il en avait besoin… Et finalement moi aussi.
« Tu m’as fait peur parce que j’adore les moments qu’on passe ensemble, et plus je te vois, plus j’ai envie de te voir
« Je crois que c'est ce que j'avais besoin d'entendre... »
« Est-ce que j’ai fait quelque chose qui t’as fait douter de ça ? Qui t’as fait penser que ça n’allait pas ? »
« Non, au contraire. Tu es extraordinaire, et tout va très bien, on passe des moments magiques à chaque fois… »
« Tu exagères dans tes mots ! Ce n’est que moi ! »
« Oh arrête ! Quoi que tu penses de toi-même, moi je te trouve parfait, tu es la personne la plus proche de ce que je pouvais attendre dans ma vie, et tout ce qu’on vit est absolument incroyable, et je n’arrive toujours pas à comprendre comment tout ça est arrivé »
« … C’est une grosse responsabilité »
« De quoi ? »
« Cette importance que tu me donnes. Faut pas que je me rate »
« Bah…. Faut juste que tu continues à rester toi-même, c’est tout. C’est simple comme ça »
« … »
« Et donc forcément, tout va bien et j’ai peur de perdre tout ça. Mais le seul truc ″réel″ qui me fait peur, c’est que tu es effectivement une personne très occupée, et je me demande si on va y arriver »
« Effectivement, les 12 prochains mois vont être compliqués. Mon prochain internat sera surement à 1h de route de chez toi, et certaines semaines on ne se verra pas, et d’autres semaines on se verra plusieurs fois... ».
« … »
« ... Et si je ne me libère pas assez de temps, tu m’engueuleras, et on en parlera, on se disputera un peu, juste pour pouvoir ensuite se réconcilier et que je te fasse l’amour sauvagement ».
« D’accord. Mais on peut peut-être faire ça sans se disputer ? »
« Hum. Oui peut-être. Mais… Non mais en vrai j’ai pas envie de me disputer avec toi. Et je te crois assez intelligente pour qu’on soit capable de débattre posément »
« … (j’espère) »
« Je te laisse te reposer et gérer ton mal de tête, et on peut en reparler dimanche quand on se voit. Ou pas. Comme tu veux. Je t’embrasse très fort »

Ça m'a fait du bien, je me suis sentie rassurée... Même si j'ai continuée à me sentir honteuse : enfin, merde, j’ai trente ans, je suis adulte, j’ai pas à faire peser sur ses épaules mes peurs et mon stress ! Ni lui faire des crises existentielles lorsque je suis fatiguée ou que je me sens dépassée - d'autant plus que ça m'arrive souvent ces temps-ci.
Je pense que je ne peux pas m'empêcher de "jouer à me faire peur" en me rappelant que mes ami(e)s à l'école qui avaient un père médecin ne le voyaient jamais. J'ai peur d'être une femme seule.
Mais au final je ne sais pas trop de quoi j’ai besoin. D’être plus indépendante et moins flippée ? Très certainement. Peut-être qu'il faut que je lutte contre ma tendance naturelle à me reposer sur les hommes quand ceux-ci sont protecteurs et rassurants, comme Charles-Henri. Peut-être que je dois me remettre moi-même au centre de mes préoccupations, et rester forte, plutôt que de me transformer en petite chose fragile digne d'un vieux roman à l'eau de rose.

Vaste programme.

C'est d'autant plus idiot que nous nous étions vu quelque jours auparavant, dans la ville de ma famille (à 150 km de chez moi). J'y suis allé parce que je voulais voir de plus près les cuisines Ikéa, dont bon nombre de collègues m’avaient dit du bien. Et par hasard, Charles-Henri était dans la même ville, au même moment, parce qu'il visitait *aussi* sa famille : Nous nous sommes aperçus qu'en plus d'avoir le même âge, nous venions exactement de la même ville et que nos familles vivaient pas très loin (mais dans des quartiers différents, comme on peut s'en douter : ma mère a un logement social, ses parents eux sont dans le quartier des bourges). Il a fait sa scolarité dans le bahut où j’aurais dû aller (mais finalement j’ai été ailleurs), bref, nous avons grandi pas loin.
Du coup il m’a rejoint chez ma mère (qui était en formation ce jour-là) le matin, et nous avons rapidement fini sur le canapé à nous faire des bisous.
Puis rapidement nous nous sommes retrouvés nus.
Avant de rapidement réaliser qu’on n’avait pas de capotes (j’avais pourtant déjà dit qu’il fallait toujours avoir une capote dans son sac à main - j’ai oublié d’en remettre)
« Pas grave, dit Charles Henri, il va nous falloir être créatifs ! »
Et il me demande « Est-ce que tu as l'esprit d'aventure et est-ce que tu me fais confiance ? ».
Ce qui est un peu flippant dit comme ça.
Il m'a dit « Le safe word est "Topinambour" », m'a attrapé, et m'a retourné, et nous avons fait un 69 debout. Ce qui était inattendu, inédit, acrobatique, mais pas déplaisant. Je préciserais tout de même que ce genre de positions ne permet pas de se laisser aller ; on est obligé de se concentrer pour garder la position (au risque de méchamment se casser la gueule, et perso, j'ai pas envie d'expliquer aux Urgences pourquoi j'ai la tronche en vrac et deux dents en moins), donc difficile de laisser la place au plaisir.
Mais bon, on a essayé, et c'était fun.

Ensuite on s'est serré l'un contre l'autre, mon nez enfouis dans ses cheveux, sa tête dans mon cou. Je respirais avec adoration ses cheveux.
« Tu ne trouves pas que les cheveux sont l'endroit où l'on sent le plus l'odeur de l'autre ? »
« .... Non. Le souffle, c'est là où on sent vraiment l’odeur de l'autre »
Donc nous sommes restés nos visages l'un contre l'autre, à nous respirer, souffle contre souffle. Ça avait un côté incroyablement intime

Puis, avant de s'endormir, on s'est habillé parce que je devais aller chercher quelque chose chez mon ami Q.
On est donc passé à son boulot, puis on s'est baladé. Il faisait un temps radieux, le soleil brillait, le ciel était clair, et nous marchions tous les deux dans la ville de notre enfance. Décalage étonnant. « C'est bizarre d'être ici avec toi. Cette ville est celle de mon passé : je n'ai plus personne ici, à part ma famille. Et tu es là avec moi. C'est drôle ».
Malgré nos emplois du temps de dingue (et pour ma part, mon temps était compté car je repartais dans l'après midi), nous prenions notre temps. Je crois même que, l'un comme l'autre, nous avions oublié jusqu'à l'idée même du temps : on était ici et maintenant, ensemble, et c'était le plus important. Il a voulu qu’on mange en ville ensemble, et nous avons fait notre premier resto à deux. J'adore les restos - et bizarrement, c'est en mangeant que je fais le plus de confidences, comme si la nourriture me rendait suffisamment euphorique pour lâcher tous mes secrets (ce qui est le cas, vu que j'adore manger). Et nous avons passé un super moment.
Puis nous sommes repartis main dans la main, et rien n'avait d'importance que nous. On est retourné chez ma mère, on a fait une mini sieste, puis j'ai dû partir. Nos moments à deux semblent toujours trop courts - intenses, mais limités par nos emplois du temps respectifs. Car après tout, je suis moi aussi très occupée, je ne peux pas dire le contraire...

vendredi 6 octobre 2017

Bulle éphémère pour Charles-Henri et moi

Comme toujours, entre deux moments où je ne vois pas Charles-Henri, il me manque, je me languis, je doute, j’ai peur d’être trop invasive dans mes messages, et au final je me monte la tête toute seule. Je sais qu’il a des jours de congés, mais nous ne nous voyons pas. Et à part de tendres messages pour se souhaiter bonne nuit, nous communiquons peu.
(Donc je flippe).

Mon histoire commence 5 jours après la soirée cinéma. Il devait me redire si on se voyait, mais pas de nouvelles. Finalement, le mardi matin, il me propose qu’on se voie le mercredi soir. Je lui confirme que c’est bon, et lui demande comment il va et s’il a passé un bon week-end. Il répond sobrement « Ok cool ». Ça commence sérieusement à me démanger le museau, donc je lui demande, sur le ton de la plaisanterie, s’il fait exprès d’ignorer mes gentilles tentatives pour prendre de ses nouvelles, vil personnage qu’il est.
Il m’appelle quelques dizaine de minutes plus tard quand, devant son silence, j’étais convaincue que je venais de foutre en l’air ma relation. Je décroche avec appréhension, et réalise bien vite que Charles-Henri n’est pas Hector, et qu’il n’est pas en colère, qu’il ne crie pas, qu’au contraire il s’excuse et m’explique : « J’ai lâché mon téléphone sur le coin de mon lavabo, j’ai tout le bas de mon écran qui est mort. Je ne peux plus lire les fins de messages, et c’est un peu galère pour répondre ».
Nous convenons ensemble que les lavabos sont tous des salauds, et on papote joyeusement. Puis dans la conversation il me dit qu’il est sur la route, entre Charlhenriville et son internat (100km entre les deux, et moi au milieu) :
« Ben… Tu ne veux pas t’arrêter chez moi ? »
« Le risque c’est que je dorme chez toi »
« Evidemment ! C’est tout l’intérêt ! »
« Par contre il faudra me laisser 30 min d’internet parce que j’ai des choses à finir »
« Deal ! »
« Question cruciale avant que j’arrive : Est-ce que tu as des capotes ? »
« Oui ! » (Depuis la dernière fois, j’ai pris les devants).

Je raccroche avant qu’il arrive pour avoir le temps de faire le tour de chez moi : ranger mon vibro (Oui, bon ben Charles-Henri m’a beaucoup manqué), planquer mes culottes sales (entre temps j’ai eu mes règles et ça a été peu ou prou l’apocalypse pour elles et moi), ranger un peu et remettre un jean plutôt que mon pantalon de pyjama troué, taché et informe (mais que j'aime d'amour). 
Lorsqu’il arrive, 20 min plus tard, il me soulève avant même de poser son sac, je noue mes jambes autour de sa taille et on s’embrasse passionnément. Le manque est balayé, plus rien n’a d’importance que sa présence. Il porte un jean qui ne le met pas du tout en valeur, et un tee-shirt blanc informe, qui a toutefois l’avantage de dévoiler ses clavicules, ce que je trouve diablement sexy. Il m’assoit sur mon comptoir de cuisine, il propose qu’on fasse l’amour maintenant, et qu’il termine son travail après. Je refuse, je préfère qu’il travaille tout de suite et qu’ensuite on ne se consacre plus que l’un à l’autre. Il me demande s’il peut travailler sur mon ordinateur, évidement il ouvre mon navigateur dédié au blog et évidement il tombe sur la boîte mail du blog en voulant ouvrir la sienne. Il s’étonne candidement : « Mais comment tu fais pour que ça soit si bien rangée ??? Il n’y a presque rien dans ta boite mail ! ». Moi je suis au bord de l’apoplexie, je n’ai absolument aucune envie qu’il se demande ce qu’est « Arrêtez de m’appeler Madame », sujet de tous mes mails. [Prise d’une peur terrible, j’ai vérifié le lendemain avec l’historique qu’il n’a pas suivi mes liens menant au blog dans ma barre de favoris : tout va bien, Charles-Henri n’a pas découvert ma double vie]

Il finit par se mettre à son boulot (enfin, « boulot » : l’organisation des prochaines beuveries chez les carabins, auxquelles j’essaie de ne pas trop penser), en fronçant les sourcils d’un air sérieux pendant qu’il prend des notes avec un stylo qui clignote vert et qui menace de rendre mon chat dingue et/ou épileptique. De mon côté, je vaque à mes occupations et je savoure ce paisible moment à deux, puis je vais lire sur mon lit en attendant qu’il termine.
Il me rejoint un quart d’heure plus tard, embrasse mes épaules, mon cou, ma nuque, enlève mes vêtements et me dit « Mets-toi sur le ventre, je veux te masser ».
Mon Dieu quelle idée grandiose et délicieuse ! J’ai l’impression d’avoir mal partout, et je fonds quasi instantanément sous ses mains. Quel bonheur.
Ensuite il se colle à moi, et ça devient très chaud. Il me caresse, m'embrasse, et je suis à la fois très alanguis, et très excitée. Je le guide pour qu'on fasse l'amour tendrement, car je le sens (trop) fiévreux pour la petite chose détendue et en transe que je suis devenue après son massage. Il met la capote « L » qu’il me reste, en disant « Je vais flotter dedans mais c’est pas grave », et je hausse un sourcil dubitatif – Arrête ton char Charles, tu ne flottes pas du tout dedans, c’est ta taille bordel, assume !
On fait l’amour, je sens des fourmillements dans le bas de mon dos, et je sais que je ne suis vraiment pas loin de l’orgasme. Je le regarde, je regarde son corps, ses épaules incroyablement larges, ses pectoraux puissants, sa stature solide, je regarde sa bouche charnue, ses cheveux bouclés, ses yeux qui se plissent parce qu’il a enlevé ses lunettes et qu’il est encore plus myope que moi, je regarde cet homme qui est avec moi, et j’ai ce petit vertige au creux de l’estomac : je le trouve beau  et, bon sang, je me demande encore ce qui s’est passé pour que ″mon ami Charles-Henri″ devienne ″Charles-Henri″. Il me dit « Je suis si bien quand je suis en toi », et je sens un nouveau frisson de plaisir me courir sous la peau.
Après l’amour, on se serre fort l’un contre l’autre, et je somnole, tout au bord de sombrer dans le sommeil. Sa voix me réveille :  
« Je suis content d’être là, je suis content de te voir ».
« Je… Toi aussi. … Tu… Tu m’as manqué ».
Il me serre très fort dans ses bras, et je me blottis de toutes mes forces contre lui.
Un peu plus tard, je profite de lui demander quelque chose qui me chiffonne depuis quelques temps : « Tu m’as demandé une fois si j’avais une idée derrière la tête en t’invitant. Et toi ? Est-ce que tu avais une idée derrière la tête ? 
« Pas la première fois qu’on s’est vu. Et puis après on s’est envoyé beaucoup de messages, tu répondais à chaque fois, je t’ai trouvé insistante, et j’ai commencé à me dire ″et si…″ ».
Je suis presque déçue par la réponse : Quoi ?! La chose extraordinaire que l’on vit n’existe que parce qu’on s’est écrit plus, parce qu’il s’est dit que j’écrivais trop pour être honnête ?! (Entre nous, je le prends mal : je suis une personne attentionnée et il m’a pris pour une allumeuse). Juste un malentendu, et on vit ces moments fabuleux ?!
Le moins qu’on puisse dire, c’est que les choses prennent parfois une tournure très imprévue.

Au matin, le réveil sonne (trop) tôt. Charles-Henri extirpe sa tete qu’il a enfouie dans mes cheveux et grommelle « C’est pour moi ça ? Faut que je me lève ? »
« J’ai le regret de t’annoncer que oui »
Mais on ne peut pas s’empêcher de refaire l’amour, très vite.
Il a 15 min pour se laver, manger et partir, et pendant qu’il se douche, je lui prépare une assiette de pancakes (ah ! Il ne sera pas dit qu’il n’aura pas gouté à mes supers pancakes !) avec des fruits, du thé et du jus de fruits, et lorsqu’il arrive, douché, je lui tends son assiette en vérifiant l’heure « Tiens, tu as… 5 min ! ».
« Oui M’dame ! »
Il kiffe mes pancakes (il m’en reparlera le soir même, à mon plus grand plaisir), et part en retard. Il m'embrasse, me souhaite une bonne journée, et me dit « A ce soir ? » avec un plaisir non dissimulé.

Je remarque à ce moment-là que j’ai d’étranges taches sur les jambes. Je ne dis rien, j’attends qu’il parte, et prise d’un doute, je vais dans la chambre, et me regarde de plus près. Scène de carnage : j’ai du sang partout, j’ai ruiné ma literie, je vois dans la salle de bain qu’il a jeté la capote qui dégouline de sang.
Mes règles (fini depuis deux jours) font un revival.
Je déteste ça.
[Lorsque je lui en reparlerais après en m’excusant, il me demandera candidement : « Ah bon ? C’était pas la capote qui était rouge ? ». Mon Dieu. Et dire que cet homme est médecin]

Le lendemain soir, il rentre tard car il vit de multiples aventures : allers-retours à Charlhenriville pour l'organisation des soirées étudiantes + changement de portable (qu'il n'a finalement pas le temps de changer), retour à l'hôpital pour un pot de départ, puis il viens chez moi... Il m'appelle vers 20h30 : « J'ai une question cruciale : je viens avec ou sans bretelles ? »
Sorte de Private Joke liée au pot de départ (et surtout au médecin qui part en retraite, adepte toute sa vie durant de bretelles et d'une moustache à la Jean Ferrat - ouh, voilà qui ferait une somptueuse épitaphe !), voilà donc Charles-Henri qui déboule chez moi avec ses bretelles. J'adore.
Nous buvons une bouteille de vin, nous nous serrons l’un contre l’autre sur mon canapé, mon chat affalé sur nous deux. Nous sommes tous les deux épuisés, et nous mangeons vite avant d’aller nous coucher. Je mange très lentement par rapport à lui, et lorsqu’il propose qu’on mange le dessert, je n’ai pas encore fini. Il me dit « Qu’est-ce que tu dirais de finir tranquillement de manger pendant que je sers le dessert ? Assis toi, repose toi, et laisse-moi faire ». Je soupire de plaisir. J’ai fait une tarte tatin, et je le laisse la servir avec une boule de glace.
Puis il débarrasse, et va s’allonger sur mon lit pendant que je nourris le chat. Avant d’aller prendre ma petite douche du soir, je vais l’embrasser : il s’est allongé sur mon lit, avec son pantalon à bretelles et sa chemise à carreaux, et je le vois perdre son combat contre le sommeil. Il est touchant. Il tient tout de même à me déshabiller, son petit plaisir du soir. Il me fait promettre de le réveiller quand je me couche.
Je prends rapidement ma douche, et je vais le rejoindre. Comme je m’y attendais, il s’est effondré tout habillé et il dort. Je vais effectivement être obligée de le réveiller – je ne vois pas comment déshabiller moi-même ce géant. [Tiens, d’ailleurs il m’a avoué, sous mes demandes pressées, son poids et sa taille. Il fait donc 1m90 pour 105 kg. Le double de mon poids, donc. Ce qui me fait mourir de rire – et m’excite, car j’adore les colosses] Mais à peine me suis-je approché du lit qu’il me saute dessus et me caresse. L’un comme l’autre, nous sommes épuisés, notre précédente nuit a été trop courte, mais nous ne pouvons pas résister. Nos préliminaires sont courts, mais j’ai de toute façon soif de lui. Il m’assoit au bord du lit pour une très courte fellation, qu’il rompt rapidement pour m’allonger sur le lit puis m’installer sur lui. Nous faisons l’amour à la lueur bleutée de ma lampe d’ambiance. Malgré sa fatigue, il ne peut s’empêcher de vouloir tout contrôler – je le coince entre mes cuisses, et gronde « Mais bon sang tu vas me laisser faire un peu oui ?! ». Et je lui impose un rythme beaucoup plus lent et sensuel, en le regardant se tortiller sous moi en gémissant. A un moment il m’arrête « Attends, attends… Juste quelques secondes… Sinon encore deux coup de reins et c’est fini pour moi… ». Comme toujours, mes sensations sont extraordinaires mais je ne parviens toujours pas à jouir, et ça commence à me frustrer. En revanche je parviens sans mal à lui faire attendre l’orgasme, et nous nous endormons, moi sur lui, lui en moi.
Je me réveille plus tard, les jambes ankylosées. Quand je commence à bouger, il se réveille, et nous refaisons l’amour, encore endormis. Il m’allonge sur le ventre et me pénètre, je lui demande de me toucher mais je sens qu’il n’est pas au top de sa coordination – dommage, je n’étais pas loin ! Il jouit, s’écroule sur moi… Me demande « Mais au fait, quand a-t-on recommencé à faire l’amour… ?! »… Et on se rendort, moi dans ses bras, lui en moi.
On se réveille encore plus tard parce qu’on frissonne. On est hébété, il est toujours en moi, la capote est toujours là, on ne sait plus trop où on est. On retire la capote, j’essaie de ne pas penser que ce n’est peut-être pas terrible de faire ça, on se met sous la couette, et on se rendort l’un contre l’autre.
Et on passe une nuit douce et reposante.


Quand le réveil sonne, c’est comme toujours un déchirement, mais nous avons passé une super nuit. Je me lève avec lui, même si je commence plus tard – quoique ce matin, c’est un peu plus difficile. Il me dit doucement « Tu sais, ce n’est pas parce que j’ai un rythme de merde que tu es obligée de te l’imposer ». Mais j’aime beaucoup prendre mon petit déjeuner avec lui, et profiter de chaque instant. On se partage la fin de mon jus de fruits, et on convient qu’on se tient au courant pour les jours à venir. Lorsqu’il part, il prend ma main et y dépose un long baiser qui me fait frémir. 
Je referme ma porte en soupirant.

lundi 2 octobre 2017

Metropolis, Charles-Henri, et moi.... et les autres (Ah qu'est-ce qu'on est con !)




Nous organisions une soirée avec l'Association : une projection du film Metropolis sous forme de ciné-concert, un pianiste jouant la bande-son en direct.

*Point Culture*
Metropolis est le film phare du mouvement expressionniste allemand - à mon sens, Le Cabinet du Docteur Caligari est plus représentatif de ce mouvement (et plus intéressant sur bien des points), mais j'admet très volontiers que Metropolis est un chef-d'oeuvre. La chose date de 1927 et fait tout de même 2h30, en étant entièrement muet. [Quelques anecdotes valent qu'on s'y attarde, notamment que Luc Besson s'est beaucoup inspiré de ce film pour l'esthétique du Cinquième Élément - oui, une anecdote qui a vingt ans de retard, c'est le plus récent que je puisse faire]
Blockbuster de l'époque, il nous montre une société où les pauvres sont exploités en sous-sol pour alimenter la ville à la surface (qui s'appelle donc Metropolis) où les riches vivent dans l'oisiveté. Le fils du big boss de Metropolis découvre ça (parce qu'il tombe amoureux d'une pauvresse idéaliste, évidemment) et décide de changer les choses et accessoirement de retrouver son amour (simple, classique, efficace).

Bref : C'est bien, c'est beau, c'est du génie pur (même si c'est écoeurant de candeur), et je n'accepte aucune critique négative à son encontre.  
J'étais donc enchantée que l'Asso organise cette projection.

Charles-Henri et moi nous retrouvions donc de nouveau face aux autres membres de l'Asso depuis la Crémaillère, et bien sûr, nous n'en avions toujours pas discuté : je n'avais donc aucune idée de l'attitude à adopter. Et pourtant nous aurions pu y penser, puisque nous avions passé la nuit ensemble.
Je suis arrivé avant Charles-Henri, pour découvrir que presque tout le monde était déjà là. A son arrivée, je me dandine d'un pied sur l'autre. Il va dire pour faire la bise aux autres, qui reculent tous d'un pas « Non, je suis malade ».
Ne reste plus que moi.
Il me regarde.
Je le regarde.
Flottement de plusieurs secondes.
Lisa : « C'est bon tu peux y aller, Mademoiselle B. n'est pas malade, tu peux même lui rouler une pelle si tu veux ! ».
Tout le monde rit de bon cœur.
Il me regarde.
Je le regarde.
Il est tout rouge.
Je sens que je suis toute rouge moi aussi.
On détourne le regard.
Silence pesant.
Gros malaise pour tout le monde.
J'envisage l'espace d'un instant de dire « Ok, d'accord alors ! » et d'embrasser Charles-Henri. Mais comme je ne connais pas sa politique sur le sujet, je préfère éviter.
Et dans ma tête je me dis « Mais qu’on est con ! Qu'on est con bordel ! ». Et je suis très mal à l’aise.

Il brise le silence en disant « Bon, je vais aller m'acheter à manger ! Qui veut quelque chose ? ». Je décide de l'accompagner, puisqu'on est les deux seuls à n'avoir rien dans le ventre.
Je sors avec soulagement du cinéma.
Il se tourne vers moi « Bon, alors, on s'embrasse ou on ne s'embrasse pas devant les autres ?! »
« Oh la la, c'était gênant hein ?! Moi je m'en fous, c'est pour toi »
« Moi je m'en fous aussi qu'ils sachent »
« Ok, donc c'est réglé ! »
Je me dis tout de même qu’avec la scène lamentable qu’on a joué juste avant, s’ils n’ont pas de soupçons, c’est qu’ils sont naïfs. Ou stupides. Et s’ils additionnent 1+1, ils se souviendront de ma sortie bizarre et pas subtile du tout lors de la dernière soirée, et ils auront encore plus de doutes.

On en a reparlé pendant le trajet du retour, et il m’a confié avoir lui aussi envisagé la provoc « Bon ok, alors je l’embrasse ! ». Mais qu’il ne savait pas comment je réagirai donc qu’il a préféré éviter.
On a donc eu la même idée, mais on a toujours cette retenue polie. Dommage, ça aurait pu être drôle.

On a été chercher de quoi manger et à notre retour, la salle commençait à être installé. Charles-Henri a été s'occuper des branchements, et moi je n’avais pas grand-chose à faire. Comme je flippais que quelqu’un me demande « Bon sang mais qu’est-ce qui s’est passé tout à l’heure au juste ?! », je me suis mise un peu à l’écart pour boulotter mon sandwich.

Lorsque les gens ont commencés à affluer dans la salle, j’ai retrouvé Copine#1, qui venait avec son mec (celui-ci était d’ailleurs tout fou de pouvoir voir Charles-Henri, et m’a dit, surexcité « Oooooh ! C’est lui ?! Il est beauuu !! Oooooh ! Et puis il est bien foutu !!! Ooooh c’est bieeen ! »). 
Et j’ai découvert avec horreur et révulsion que le Drageur à 1 Dong était là aussi. Pire : Il s’était permis de s’installer sur les places « Réservé Staff de l’Asso ».
J’étais furax – et j’ai été prise d’un gros doute : ce con n’essaierait tout de même pas d’intégrer l'Asso ?! On nage en plein cauchemars.

Peu de temps avant que la séance ne commence, il s’est tourné vers moi, m’a fait son plus beau sourire (alors que j’avais envie de lui cracher au visage) pour me demander : « Il y a quelqu’un à côté de toi ? »
Panique : Charles-Henri est assis plus loin à discuter, j’ignore s’il se mettra près de moi, mais quoiqu’il arrive je refuse d’avoir ce déchet à mes côtés. En plus il serait foutu d’essayer de me peloter, et je me verrai dans l’obligation de lui éclater la tronche sur le siège de devant.
Je proteste :
Heu... Il y a le photographe…
Mais ses affaires sont à côté !
Président ?
Il veut être devant
Heuuu….. Le 2e photographe ?
… 
- ...
- ....Il n’y a pas de 2e photographe...
- .... Ah.
Charles-Henri arrive, ignore superbement le Dragueur à 1 Dong et me demande :
Il y a quelqu’un à côté de toi ?
Non
Et il se met à côté de moi.
(Encore une scène lamentable – mais on va dire que c’était un état d’urgence).
Soulagement (d’esquiver l’autre imbécile) et ravissement (d’être à côté de Charles-Henri)

Il faut savoir que je suis une grande adepte du cinéma expressionniste allemand. J’ai découvert ce mouvement lorsque j’étais en Première ou en Terminal (donc il y a –Oh Mon Dieu – 12 ou 13 ans). Mon premier film, ma découverte, c’était justement Metropolis, en ciné-concert. J’avais été scotchée pendant les 2h30 que durait le film, et ça a, à une petite échelle, changé ma vie – ou ça l'a au moins auréolé d'une passion.
En regardant ce film, 12 ans après, dans des conditions presque similaires, j’ai ressenti cette même excitation, cette même palpitation dans la poitrine, ce sentiment que je regardais quelque chose d’extraordinaire et de génial. Et je regardais ça avec Charles-Henri à côté de moi, sa main sur ma cuisse, nos doigts entrelacés. Et j’ai eu le sentiment que tout ça avait un sens, que, bon sang, il ne pouvait pas être là, à cet instant précis avec moi sans que ça ait une importance particulière ! C’est trop symbolique, ça ne peut pas être anodin, être juste un hasard !
Je n’ai pas pu résister à l’envie de l’embrasser – juste quelques secondes, pour ne rien rater du film- avec le sentiment de faire quelque chose d’important, de presque réaliser un fantasme.

Lorsque le film s’est fini, tonnerre d’applaudissement.
Charles-Henri me dit « J’ai une copine et ancienne co-interne qui est venu, je suis désolé, je vais discuter un peu avec elle ! »
Ne sachant pas comment agir, n’ayant pas envie de m’immiscer dans la conversation, je vais discuter avec Copine#1, puis lorsqu’elle s’en va, je pars tranquillou à la recherche des toilettes.

Lorsque j'en sors, légère et épanouie, une fille attend devant la salle de projection. Je lui souris, et au moment où je rentre, elle me demande : « Excuse-moi, tu ne serais pas Mademoiselle B. par hasard ? »
Heu... Si, c'est moi... 
Ah ! Charles-Henri était parti te chercher ! Il me semblait bien t’avoir reconnu ! Il m’a montré fugitivement une photo de toi le week-end dernier [ils étaient partis à une dizaine d’anciens co-internes dans la maison familiale]. Cool ! Je suis contente de rencontrer la copine de Charles-Henri ! Moi c’est Fannette, nous étions co-interne lors de notre précédent stage !
Wow.
Trop d’informations.
Il a parlé de moi ?!
C’est la première fois qu’on m’appelle comme ça « La copine de Charles-Henri ». Putain oui, ça y est, j’y suis : je suis officiellement la copine de Charles-Henri.
Je ne sais plus du tout ce que je ressens.
Sur ces entrefaites, Charles-Henri arrive « Ah ben vous vous êtes trouvées ! Excellent ! ».
On discute un peu, je demande quelle est donc cette photo fugitive dont Fannette m’a parlé, et puis on va aider à démonter la salle.
Lorsque c’est fait, nous ne tardons pas à partir car Charles-Henri a proposé à Fannette de la déposer chez elle, et nous avons encore de la route avant de rentrer. Nous faisons la bise à tout le monde, et nous partons.
On passe quelques vingt minutes avec Fannette, qui est gentille – mais j’atteins vite mon seuil de « Maintenant j’ai envie d’être seule » : Il est tard, et je commence à sentir que ma journée a commencée il y a 16h.
On dépose Fannette, on se tape les 70 bornes jusqu’à chez moi qui me semblent prendre trois fois plus de temps que d’habitude, et on rentre s’échouer dans mon appartement avec soulagement. Charles-Henri tiens absolument à me déshabiller avant que je prenne ma douche, et il s’exclame « Je ne me lasserai jamais de faire ça ! »
Et puis on se blottit sous la couette. Il me dit « Je suis désolé, je suis trop fatigué ce soir… ». Et puis « Tout de même, ça m’embête de ne pas t’honorer, tu mérites mieux que ça ». Je suis tellement touchée, émue, ravie, flattée, que, la gorge nouée, je ne trouve rien à dire. Il finit par dire « Viens sur moi » et on fait l’amour, pas très longtemps mais qu’importe, c’était bon.

Après l’amour, il me demande si j’ai des « demandes sexuelles à réaliser en urgence ». Je ris. En urgence ? Non, prenons tout notre temps pour nous découvrir, c'est déjà si bon comme ça...
Il me serre contre lui, et murmure « J’adore coucher avec toi ».
Je demande d’une petite voix « Et donc tu as parlé de moi à tes anciens co-internes ? »
« Ils m’ont demandés ce que je devenais. Alors j’ai parlé de toi »
« Alors je fais partie de ce dont tu deviens ? »
« Oui, il me semble. Et moi ? Je fais partie de ce dont tu deviens ? »
« J’aimerai beaucoup. Et en attendant, depuis 1 mois, oui, clairement tu en fait parti »
« C’est vrai que ça fait un mois déjà »
« Ca ne te mets pas mal à l’aise de parler de moi ? Tout tes amis sont médecins, toute ta famille est médecin. En plus ils ont tous connus ton ex, qui était en médecine… Est-ce que je suis légitime ? »
« Quel est le rapport ?! On s’en fout non ? »
« Je ne sais pas, c’est quand même pas aussi classe »
«  Les médecins ne sont pas tous élitistes et snobinards tu sais. Il y a des gens bien ! »
« Ah. Oui. Sans doute. Apparemment »
« Et puis de toute façon, j’évite de mélanger le travail et… et…. Le reste. Je n’ai jamais couché avec qui que ce soit avec qui j’ai travaillé »
«  Hum, n’empêche qu’on est tout les deux à l’Asso »
« C’est vrai. Mais c’est l’Asso, c’est en dehors de mon travail »
« Oui, c’est vrai »
« D’ailleurs on va avoir un problème si ça ne marche pas entre nous. Toi tu coupes les ponts avec tes ex, alors ça sera compliqué avec l’Asso »
« Je… heu…. Oui…. Je…. Ne sais pas….. Je peux aussi peut-être gagner en maturité à ce propos ou…. »
Charles-Henri me coupe, chuchotant dans mon oreille : « Je plaisante Mademoiselle B. Ne pensons pas à ça, c’est idiot. Et puis après tout, on n’est pas à l’abris que ça marche bien entre nous, n’est-ce pas ? »
Je ris doucement « En effet. Eh bien partons du principe que c’est la solution au problème : que ça aille bien entre nous ».
Et on s’endort l’un contre l’autre, paisiblement.